23 juillet 2015

Têtu(e)s.

 

Têtu,

 

Aujourd'hui tu disparais, et ça me triture le ventre.

 

Pourtant je vais être franc avec toi, je ne t'ai acheté que 2 fois, à l'occasion de voyages en train. J'étais déjà adulte et bien dans mes converses.

 

Je crois en revanche qu'ado, j'aurai voulu avoir le courage de t'acheter tous les mois même si j'aurais certainement fui le regard du buraliste, puis l'aurais enfilé sous mon manteau (le magazine, pas le buraliste !) avant de le planquer sous l'oreiller une fois arrivé à la maison. .

Tu m'aurais certainement fait un bien fou, et je regrette de ne pas t'avoir donné cette chance.

 

J'ai grandi, et c'est vrai que tes apollons en couverture m'ont agacés, (la jalousie sans doute tu sais), et je t'ai complètement snobé. Après tout, tu avais l'air si à la mode et branché, jamais je ne t'aurai imaginé disparaître. Je suis aussi de cette génération qui n'achète plus tellement la presse papier, attendant que toutes les informations me tombent tout cuit dans le bec sur ma timeline twitter.

 

C'était une erreur, j'suis désolé.

 

Même si je ne me reconnaissais pas toujours en toi, tu avais ce mérite de donner d'autres couleurs à nos kiosques : les miennes, celles de l'arc-en-ciel.

 

Tu restes le seul et l'unique magazine papier à avoir exhiber nos corps, recueillis nos propos pour les projeter dans les rues.

Tu as, je pense, sauvé un paquet de monde et rendu des solitudes moins pesantes : de l'adolescent(e) paumé(e) au/à la cinquantenaire indécis(e).

 

On a pu t'adorer ou te détester, mais tu as su donner la parole aux concernés, là où depuis bien trop longtemps maintenant, les débats sont tenus par des hommes blancs cisgenre et hétérosexuels qui dégueulent sur ce qui serait bon au mauvais qu'on soit.

 

Têtu, je sais que tu seras aussi fort que ton nom le laisse penser.

C'est notre visibilité, notre existence dans le paysage médiatique qui prend un coup dur aujourd'hui.

Heureusement, nous sommes têtu(e)s, comme des mules. On va continuer à se battre contre les discriminations, on va montrer aux esseulé(e)s qu'ils ne le sont pas. On va créer, parler, écrire, filmer, dessiner...

 

Comme dirait quelqu'un qu'on connaît bien, « rise like a pheonix », « we are unstoppable ».

 

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