12 septembre 2014

Douche Chaude

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Un reportage sur le cerveau et l'inconscient explique que si nos douches sont chaudes, c'est qu'on a très envie de câlins (en gros). J'ai trouvé ça joli.

Pour voir le documentaire sur l'inconscient :

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Texte de Maëlle :

 

Douche Chaude

      Collé contre la paroi glaciale de ma douche, j'allume l'eau et attends qu'elle devienne chaude pour que je puisse me glisser sous la cascade de gouttelettes et ouvrir les yeux pour la première fois de la journée. C'est mon rituel, celui que je fais chaque matin. Pour certain c'est grappiller des minutes après que leur réveil ait sonné, pour d'autres c'est programmer la machine à café et se réveiller avec l'odeur d'un bon café, pour moi c'est ouvrir les yeux sous un jet d'eau brûlante. Sauf qu'aujourd'hui, je n'ai aucune envie d'ouvrir les yeux, ma journée ne s'annonçant pas comme l'une des plus agréables… J'avais plusieurs rendez-vous pour essayer de trouver un emploi ou au moins un stage (ce qui m'éviterait de rester à tourner en rond dans mon micro studio à regarder des séries en pestant sur le monde entier). Dans le fond, ce n'était pas une si mauvaise journée vu que j'avais déjà réussi à obtenir plusieurs entretiens et que pour une fois il ne pleuvait pas, seul le vent habituel rafraîchissait l'air. Mais j'avais le pressentiment qu'aucun d'entre eux ne me permettrait d'obtenir ce que je cherchais, c'est à dire un boulot. En plus j'avais un repas prévu avec mon paternel dans la soirée. Mon paternel avec lequel je n'avais pas parlé depuis l'été de mes seize ans (et je peux vous garantir que lorsqu'on en a vingt et un, cinq ans sans avoir de nouvelles de quelqu'un c'est très long). Ce repas allait donc être le bouquet final d'une longue journée que je sentais mal commencée, surtout que je n'avais véritablement aucune envie de revoir mon géniteur vu notre incroyable capacité à ne pas nous entendre. Il m'arrive parfois de me demander comment la génétique a pu faire que mon père et moi soyons à ce point opposés, sans aucun point commun que ce soit physique ou caractériel, presque à se demander si je suis réellement son fils.

Je pensais exactement à cela quand mon téléphone choisit ce moment précis pour briser le silence matinal et m’empêcha de m'embourber un peu plus dans mes inquiétudes.

 

Je regarde la porte de la salle de bain que j'avais laissé grande ouverte pour entendre la radio et éviter que ma micro salle de bain ne se transforme en reproduction de la forêt amazonienne après mon passage, puis je regarde le pommeau de douche. Qui pouvait bien m'appeler alors qu'il était à peine sept heures du matin, un samedi matin de surcroît. J'hésite à sortir de la douche pour répondre mais le froid qui règne dans l’appartement par rapport à la chaleur qui suinte dans la douche me retient. Au pire, si c'est important je rappellerai plus tard, prétextant un sommeil profond me mis-je à penser. Soudain la messagerie vocale se met en marche et j'entends le bip qui signal le lancement de l'enregistrement : « Salut mon Tom » lance la voix à travers le crachouillis de l'enregistrement. Je rouvre les yeux et commence à regretter de ne pas avoir répondu. C'est Timothy, mon petit ami du moment qui m'appelle… En fait c'est peut-être pas plus mal que je ne me sois pas décidé à décrocher car, après réflexion cela fait plus d'une semaine que je ne lui ai donné strictement aucune nouvelle. Un autre de mes rituels : régulièrement je ressens le besoin impérieux de couper tout contact avec ma vie sociale, et mes relations amoureuses (ou juste sexuelles) en font souvent les frais. Je m'attends donc à entendre une énième version du « tu vois, nous deux c'était bien, mais en ce moment ça va plus donc je pense qu'on devrait en rester là » quand il enchaîne sur un tout autre sujet, ce qui me surprend et me fais regretter d'autant plus de ne pas avoir répondu.

 

« Tu dois sûrement être sous ta douche, et comme d'hab tu as la flemme de sortir car t'es trop bien sous l'eau chaude. Et je te comprends. Je voulais juste te dire bon courage pour tes rendez-vous aujourd'hui et de ne pas trop te miner pour ton repas avec ton paternel. Ah et au passage, même si tu es dans ta période « asociale », tu pourrai me dire comment ça c'est passé ? Juste pour savoir s'il faut que je fasse le tour de tous les hostos de la ville pour te retrouver agonisant dans un lit après que ton père t'a défoncé sous prétexte que tu ais fait ton coming-out. Car tu comptes bien lui dire, un jour, que non, tu ne lui présenteras jamais aucune fille ? Non ? Bon, enfin bref si tu me réponds avant 9h, je pourrai peut-être m'arranger pour te faire une surprise. T'as les cartes en main. Je t'aime. A plus » et le bip final qui annonce qu'il a raccroché. Je prends une profonde inspiration (remarquant que j'avais retenu mon souffle durant tout son message) et me laisse glisser le long de la paroi jusqu’à m'asseoir. Un sourire niais se fige sur mes lèvres, et je pense à Timy courant tous les hôpitaux pour me retrouver. Même si cette possibilité n'est pas très réjouissante, en particulier pour moi, la façon dont il envisage les choses me fait sourire. Et puis c'est le premier qui ne m'en veut pas d'être aussi atypique et qui ne me plaque pas sous prétexte que j'ai disparu des radars pendant plus de vingt-quatre heures. Mais ce qui m'intrigue le plus dans son message c'est sa « surprise »…

 

Ne l'ayant pas vu depuis maintenant plus d'une semaine, j'interprète tout de suite cette « surprise » comme un possible rendez-vous où l'on pourrait finir sous la couette, enfin plutôt sous la douche. A peine ai-je commencé à penser à cette option que mon esprit s'emballe. Je l'imagine, avec moi, sous l'eau chaude, ses mains solidement ancrées sur mon visage pour capturer mes lèvres avant qu'elles n'aillent se balader le long de mon dos pour trouver mes hanches. Je rouvre les yeux et me relève immédiatement, tout en tournant le régulateur d'eau vers le froid. J'ai un premier rendez-vous dans environ deux heures et ce n'est pas le moment de partir dans des fantasmes alambiqués. Je me dépêche de finir de prendre ma douche et de me préparer. Très vite je ne me préoccupe plus que de la couleur de ma chemise et du contenu de mon CV, oubliant volontairement tout ce qui aurait pu se passer sous la douche s'il avait été avec moi ce matin. J'arrive avec un peu d'avance à mon rendez-vous, qui est prévu à 9h15. Il est 9h01, quand je sors mon portable pour lui écrire, le plus innocemment possible « Même s'il est 9h01, j'ai le droit à ma « surprise » ? ». Les minutes passent sans qu'il le réponde et c'est donc parfaitement surexcité que je serre la main de mon premier entretien. Au moins il aura réussi à me mettre de meilleure humeur…

Et mon téléphone, maintenant en mode silencieux, indiquait dans ma poche que j'avais reçu un message. De lui.

« Je sais pas… Une minute de retard quand même c'est énorme quand on s'est pas vu depuis une semaine… Tu verras bien quand tu rentreras chez toi ce soir s'il y a ta « surprise » qui t'attend. »

 

 

 

 

 

Posté par Mr-Q à 13:18 - Commentaires [9] - Permalien [#]
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