Je suis timide... et ça me bouffe la vie.

 

Je ne sais pas si vous connaissez ce sentiment frustrant : « j'arrive pas, ça sort pas ! ».

Parfois avant d'ouvrir la bouche, je répète plusieurs fois la phrase que je vais dire dans ma tête puis, allez savoir pourquoi, je compte jusqu'à 3. Parce que je ne sais pas, je ne veux pas me ridiculiser, je ne veux pas dire n'importe quoi.

Et parfois, même en utilisant ce rituel stupide, ça ne fonctionne pas.

Dans le milieu professionnel dans lequel j'essaie d'évoluer, c'est profondément handicapant. Je me fais une montagne d'un p'tit rien. Je manque tellement d'assurance que me présenter devient un challenge qu'il est difficile de relever. Parce qu'après tout, qu'est-ce que j'aurais bien de si intéressant à leur dire ?

 

TIMIDE1

 

Je suis souvent amené à participer à des évènements importants à mes yeux, où plusieurs personnes dont j'admire le travail ou autre sont présents. Je les « connais » d'internet,(du moins je connais leur travail), certains d'entre eux connaissent le mien et avions déjà pu parler un peu via les réseaux sociaux à l'occasion.

Seulement non, on ne se connaît pas. J'ai à la fois tout et rien à leur dire. Rien qui pourrait à mes yeux être pertinent. Je suis bloqué au bar, je bois mon verre, j'en bois un deuxième en me disant que l'alcool pourra peut-être aider.

A chaque pas vers quelqu'un, chaque signe de la main, je me fais violence. Je me dis « mais bordel, vas-y putain! ». J'ai la bouche sèche, la voix qui tremblotte, j'ai soif, j'ai terriblement soif.

Ce sera pour après, je vais reprendre un verre, fumer une cigarette. Et merde je me retrouve seul, qu'est-ce que je fais ? Il faut que je trouve quelque chose à faire de mes mains alors je dégaine mon téléphone, j'écris un texto qu'en fait je ne vais peut-être même pas envoyer. Puis finalement, je pars.

 

TIMIDE2

 

Syndrome de l'imposteur de merde. Tu m'empêches d'essayer d'y arriver, tu m'empêches d'être moi-même. Pourtant, je m'en suis pris des claques dans la gueule, rien que pendant mes études aux beaux-arts. Je devrais être en béton armé, rien ne devrait me toucher, alors pourquoi j'ai cette impression dégueulasse de pas être à ma place ? Qu'est-ce qui se passe dans ma tête de timide maladif ?

 

En plus, les gens qui m'entourent, qui me connaissent bien, sont loin de penser que je suis quelqu'un de timide. Je suis le bout-en train, celui qui a la vanne facile au bon moment, il paraît que j'enchaine les punchlines... Mais paf ! Que faire dans un milieu déjà installé où j'ai tout à prouver ? Comment se faire apprivoiser ? Comment dire : « hey ! Écoute moi, j'apprends, j'essaie, ça ne sera pas parfait mais s'il te plait, fais moi confiance. Une fois que j'aurai la tienne, je pourrai tout tenter, tout faire peut être tout gagner et tu seras pas déçu ! ».

 

Bordel encore une fois ça sonne ridicule. Avant de convaincre la terre entière, je sais bien qu'il faudrait que j'arrive à me convaincre moi-même. Je sens que je ne suis plus très loin, je fais des efforts, je me remets en question, tout le temps, je travaille, je tiens, je reste, je m'accroche, je m'agrippe, je plante mes ongles là où je peux pour ne plus tomber, jamais.

C'est tout ce que je sais faire. Parce que je suis peut-être incapable d'exprimer ma bonne foi et mon envie par des mots, mais j'essaie de le prouver en continuant de dessiner. J'essaie de ne pas me laisser démonter, j'essaie de prendre position et de m'imposer différemment.

 

En fait, je suis impressionnable, et c'est ce qui provoque mon mutisme. A toi, j'aimerais te dire combien j'aime ton travail, à toi, j'aimerais te demander pourquoi t'as pas répondu à mon mail, à toi, j'aimerais te dire que tu m'as aidé à m'en sortir à une période de ma vie. J'aimerais parler, proposer mes idées, mes points de vue, débattre : mais j'me tais.

 

TIMIDE3

 

J'me tais et plonge mes yeux vers une personne familière. Celle qui rassure et à qui j'ai rien à prouver, qui sait déjà tout.

 

Parce qu'au fond, sans doute que le problème est là, dans cette impression de devoir constamment prouver ma prétendue valeur aux autres.

Que c'est con et prétentieux finalement.